Karl Marc, tatoueur, et concepteur de machines à tatouer "handmade".

"une machine qui marche, c'est une histoire de géométrie"
par Zamo et Benjo San. Mai 2007


Mon histoire ?

Quand j'avais 14 ans j'ai essayé de me tatouer moi meme.
Ca a été un massacre. Il n'y a plus d'encre aujourd'hui, juste des cicatrices sur les jambes ! HA HA HA !
Apres ca, j'ai voulu apprendre à tatouer, mais personne ne voulait m'enseigner car j'etais trop jeune à l'epoque. Quand j'allais dans les tattoo shops, ils me disaient : "DEGAGE !"

A 18 ans, je me suis enfin fait tatouer professionnellement et je trainais tout le temps dans le tattoo shop... et finalement il a commencé à m'apprendre apres un an.
Dans cette boutique là, c'était une approche plus technique, qu'artistique. C'était une autre école (!)
quand je voulais dessiner, il disait "non, tu dessines pas, tu traces ce qu'il y a sur le mur (les flashs)".
La première chose qu'il m'a fait faire, c'est de construire une machine !

J'ai commencé à construire des machines pendant mon apprentissage tattoo. A la base, j'aurais jamais pensé à fabriquer des machines.
C'était en 1995. C'était un vieux biker. Il est toujours vivant, mais il a disparu de la circulation.
Il avait tout ce qu'il faut pour tatouer sur sa moto. Quand il voulait tatouer, il arretait sa becane, il branchait le transfo sur sa batterie, et il pouvait tatouer de sa moto !!!

Ca fait maintenant 12 ans que je tatoue et 5 ans que je fais mes machines sérieusement.
Avant ca, pendant mon apprentissage, j'en fabriquais deux par an pour m'amuser.
C'est seulement ces deux dernières années que je divise mon temps moitié tattoo moitié machines
Si je tatouais tout le temps, je crois que j'en aurais marre.
Le tattoo je le fais pour les gens, alors que les machines je les fais pour mon plaisir à moi !

Mon concept "HANDMADE" ?

J'aime que ca soit des pieces d'art, c'est pour ca que je ne fais pas de séries. Chaque machine est unique et je les fais à la main, pièce par pièce. Chaque pièce est fabriquée sur mesure.
Il me faut 4 jours faire une machine à tatouer et j'en créé 4 ou 5 par mois.
Je prends mon temps et je fais mon truc... Fabriquer des machines, c'est mon plaisir !
Je n'aimerais pas avoir de gens qui travaillent pour moi, avoir des objectifs de rentabilité, c'est pas mon truc de fabriquer des centaines de machines, d'autant que j'essaie toutes mes machines avant de les vendre à mes clients.
Avant d'envoyer la machine commandée, j'essaye de tatouer avec. Comme ca je peux la régler comme le client veut. Si jamais je n'arrive pas à la régler, je préfère en fabriquer une autre plutôt que d'envoyer une machine qui n'est pas réglée comme ils veulent. Le plus important c'est que la machine fonctionne bien.
Si jamais un ressort(*) casse ou s'ils veulent changer les réglages, ils peuvent me la revnvoyer et je m'en occupe.


Ma premiere machine ?

Elle n'est pas belle, rien n'est correct, elle est pleine de défauts, mais je tatoue toujours avec... HA HA HA !


l'outillage ultra perfectionné necessaire à la création d'une machine !!!


ces quelques bouts de métal sont l'origine d'une machine à tatouer...





...et de ce bric à brac
naitront certaines pièces
vraiment hors norme.




L'engrenage d'horloge,
par exemple,
je l'ai trouvé aux puces
de Clignancourt,
ca a la bonne courbure
ca fera un parfait ressort (*)




boing boing !



Et maintenant ?

Je n'ai pas de critères pour une bonne machine, ca depend de la facon de tatouer de chacun.
Il ne faut pas que ca soit trop léger (ca va vibrer) ou trop lourd (ca tire sur la main) et si il y a trop de trucs dessus, ca fait des vibrations.
J'ai dans la tête une certaine idée du poids et avec les années je peux peser avec ma main et savoir si ca le fait ou pas.
Je travaille sans tableau, sans fiches techniques -je pourrais, mais je préfère travailler instinctivement. Comme je prends mon temps sur chaque machine je peux me le permettre.
Si jamais mes distances ne sont pas exactemenent comme je veux... et bien, je mets tout ca de coté, et je recommence !!!
Ca arrive quelquefois que instinctivement, je place les éléments, je les soude, et je me rends compte que ca va faire un shader(*) plutôt qu'un traceur(*).
Si je voulais faire les choses plus vites, je pourrais avoir des fiches techniques, mais c'est pas très important, car j'aime prendre le temps de bien régler les choses.
Il n'y a pas de grand tableau avec la formule miracle !

Moi je fais plutot les trucs instinctivement ; il y a certains impératifs à respecter, et après je m'amuse...
C'est pour ca que je le fais, c'est parceque j'y prends du plaisir, comme un enfant qui joue aux legos, et je prends les différentes pièces que je connais et j'essaye de fabriquer quelque chose de nouveau à chaque fois, tout en m'amusant... Parce que ca na pas besoin d'etre que technique.

La technique c'est très important pour que ca foncionne bien. Ca peut etre hyper joli mais si ca marche pas, ca vaut rien.
Une machine qui marche c'est quelque chose qui tourne, qui ne chauffe pas mais ca depend de ce que tu attends d'elle : shader ou couleur, c'est une histoire de réglage (voltage, battement, etc), de géometrie, de distance de masselotte(*) de point de contact avec le ressort avant, etc...

Pour une bonne traceuse, le battement doit être très différent selon que le tatoueur trace à la 3, à la 5 ou plus(*)
Les ressorts sont très importants pour un réglage : tu peux jouer sur l'epaisseur des ressorts
Quoi qu'il en soit, il faut qu'il soit assez rigide, pas trop souple pour ne pas se deformer avec le temps.
C'est le meme matériau que dans les mecanismes d'horlogerie.

C'est dur de trouver les matériaux en France. Je suis toujours en train d'apprendre ou acheter les trucs car ca ne fait pas très longtemps que je suis ici.
...Ne serait-ce que par rapport au nom technique des matériaux : les dénominations sont différentes et intraductibles (anglais / francais).
Mais comme je vais souvent aux Etats Unis, je ramène un tas de trucs dans mes valises.

Ca c'est du fil de cuivre des années 20 ou 40 avec de la soie autour au lieu du plastique qui n'existait pas encore.
Je le garde pour des séries spéciales car c'est très rare.
Je roule moi même mes bobines(*) et chaque centimètre de fil passe entre mes doigts.
Il faut que chacune des deux bobines ait la même longueur de fil mais je ne compte pas précisement car je compte le nombre de tours...


Le choix des matériaux ?


Il y a évidemment des matériaux qui sont mieux que d'autres, des métaux plus conducteurs que d'autres... C'est mieux de ne pas utiliser d'aluminium, car l'alu n'a pas de propriétés magnétiques et fait beaucoup vibrer.
Honnêtement, ca dépend de ce qu'il y a autour de moi...
j'achète des grandes barres de métal que je découpe, ca je viens de le fabriquer aujourdhui :


après quelques mesures, et quelques trucs issus du bric à brac...


...les 1eres pièces prennent forme


qu'est-ce qu'il fabrique ???


ca !!!


un petit coup de soudure pour assembler notre pièce au cadre, suivi d'un découpage de la raignure qui permettra d'enfiler le tube...


et voilà le travail !


Après avoir soudé, vissé, scié, polishé, etc, voici le résultat final :



Pour le plaisir des yeux, voici deux autres machines créées par Karl :



Vous en voulez encore ?
www.karlmarc.com



Petit lexique à l'usage des néophytes :
(*) traceuse : machine pour tatouer des lignes.
(*) shader : machine pour tatouer des ombrages.
(*) tracer à la 3, à la 5 ou plus : il s'agit du nombre d'aiguilles que la machine va faire entrer dans la peau.
(*) ressort :
(*) masselotte :
(*) bobine :
Ces 3 machines sont bien entendu des créations de Karl.