Guy, 57 ans, ancien de la marine marchande
Un témoignage de l'ancienne école du tatouage... et de la nouvelle !
par Zamo et Benjo San. Mars 2007


Je m'appelle Guy. Je suis entré dans la marine marchande à 14 ans, jusqu'à l'age de 41 ans.
J'en ai aujourd'hui 57.

Le tatouage, j'ai commencé comme tous les jeunes vers 14 ans. Des points sur les mains, que j'ai fait tout seul à la maison, avec une ou deux aiguilles.
Pour se faire tatouer en France, il n'y avait que Bruno à Pigalle. Son boulot était plutôt pas mal pour l'époque.

Grâce à la marine, j'ai fait 3 fois le tour du monde.
Anvers et Rotterdam, c'était mes deux escales habituelles pour me faire tatouer.
On ne choisissait pas vraiment nos tatoueurs, c'était au pif. Quand on débarquait, on demandait à un taxi de nous conduire chez un tatoueur.
Je ne me souviens pas du nom des shops ou des tatoueurs, c'est trop vieux. Mais je me souviens qu'on allait toujours chez le même gars. S'il ne me reconnaissait pas forcément, le gars reconnaissait les pièces qu'il m'avait faites les années précédentes.
Ca se passait dans les quartiers des prostituées, des bars, etc... on allait boire des coups, et se faire tatouer après.
Les tattoo shops bossaient la nuit surtout, après la journée de travail des marins.

Les studios étaient très petits. Il n'y avait pas beaucoup de jeunes, c'était rempli de gars de 30 / 40 ans qui regardaient les dessins aux murs.

A l'époque il n'y avait pas de catalogues comme maintenant, ou de personnalisation : Tu entrais. Tu picolais en attendant ton tour. Tu choisissais ton motif. Le tatoueur décrochait le flash du mur pour en faire un calque. Il t'installait sur un fauteuil de dentiste, au milieu du tattoo shop, et tu te faisais tatouer.

Les motifs sur les planches de flashs étaient beaucoup axés sur la marine : voiliers, poignards, ancres... Pour les textes, il valait mieux lui écrire sur un bout de papier, parcequ'on ne parlait pas la langue ! ha ha ha.
Moi, j'ai pas la liste des prénoms des gonzesses, mais mon fils, oui !
Anvers, 1970
Les prix, je ne me rappelle plus, mais c'était pas cher, pas cher du tout ! tu ne te mettais pas sur la paille pour un tattoo !
Il n'y avait pas toutes les couleurs : ca se limitait à noir, bleu, jaune, rouge.
Je me rappelle que pour faire un dos, il fallait 3 séances. Je l'ai pas fait, car il fallait rester en escale 3 jours d'affilée.

Anvers, 1968
C'était vraiment à l'ancienne : ca picolait pas mal là-dedans et on avait toujours un coup dans le nez quand on se faisait piquer.
Ca travaillait sans gants à l'époque. Il te nettoyait la peau avec une éponge dans un seau. La même pour tout le monde évidemment. Comme les aiguilles, c'était certainement les mêmes pour tout le monde à l'époque. Et puis, y avait pas de pansement, après, on allait travailler dans la graisse.
Et malgré le manque d'hygiène, j'ai jamais eu de soucis !!!

Haaa c'est des bons souvenirs tout ca. C'était une belle époque.

Ca se faisait déjà beaucoup dans la marine. Chez les jeunes, tout le monde y passait. Les anciens, eux, ils ne se faisaient pas tatouer... peut être dans la marine militaire, mais pas dans la marchande.
La vision à l'époque c'était pas comme maintenant, c'était plus difficile d'être tatoué. C'était forcément l'image du baroudeur, du tolard. Mais je me fous du regard des autres. Je me suis toujours fait tatouer pour le plaisir du tatouage et je n'ai jamais rencontré de problèmes à cause du tattoo.
Rotterdam, 1968
Anvers, 1968
Le Havre, mi 80's
Anvers, 1968
Aujourd'hui, certaines vieilles pièces sont recouvertes. Je ne regrette rien. C'est juste pour le plaisir d'en avoir une plus belle que celle d'avant !
Je suis tous les jours dans le studio de Frank du Havre. Je le connais depuis ses débuts. Ici c'est vraiment une famille.
J'ai encore beaucoup de plaisir à me faire tatouer, à avoir de nouvelles pièces.
Maintenant, je ne décide même plus, c'est les tatoueurs de chez Frank qui me disent tiens, on va te faire ca...
Ca les amuse, et moi aussi. Toutes les bêtises, elles sont pour moi !!!

Frank, Theo, Mat, Mamatte (Le Havre)

Frank et Theo

Mamatte et Mat


Quelques pièces marines :
Karl Marc, Mamatte


Lea Nahon



Et quelques blagues :
Mamatte

Theo

cochonne par Lea Nahon, trou de balle par Frank


Bientôt, je vais me faire encrer une trace de pneu sur les fesses !!! HA HA HA.... et puis aussi un pistolet de chaque coté du front.
Et puis après, c'est selon l'inspiration et l'imagination des gars, je les laisse faire... et je suis fier quand je me regarde dans le miroir !

Allez, salut les gars...
Heureux d'avoir croisé ta route et d'avoir pu écouter ton témoignage.
pour Guy (1950-2007)